La force de l’instant présent (1/2)

Epicure

Cette philosophie pose que nos souffrances viennent non pas de la réalité elle-même mais de l’idée que nous nous en faisons. Vivre le moment présent revient à vivre conformément à la nature en reliant tout son corps, en l’écoutant, et en suivant ses penchants pour le plaisir simple et nécessaire.

Sénèque

Le plus grand obstacle de la vie c’est l’attente qui dépend du lendemain, et la perte du jour présent. Son conseil : ton temps jusqu’à présent t’échappait, récupère-le et prends en soin. Comment ? En cessant de remettre à plus tard, en mettant à profit chaque jour et en agissant. Vivre pleinement le présent revient à prendre possession de soi-même.

Montaigne

Quand je danse, je danse, quand je dors je dors, et quand je me promène en solitaire en un beau verger, si mes pensées m’échappent, je les ramène à la promenade, à la douceur de cette solitude. Inutile de chercher le bonheur dans une quelconque vérité à atteindre, tout ce que nous pouvons faire c’est vivre ce qui est là, y compris le loisir.

Swâmi Pranjnânpad (sage bengali)

Vivre ici et maintenant consiste à voir ce qui est (nous passons notre vie à croire, imaginer, faire des spéculations) ; la clé : l’acceptation. Il s’agit de ne pas juger, accepter le réel sans vouloir lutter contre lui ou s’en détourner, se libérer de nos émotions qui sont le produit de notre mental. Accepter le présent ; en s’y opposant ou le vivant avec émotion, on le subit.
Toute action juste passe par dire « oui à ce qui est ». Considérer la situation telle qu’ elle se présente permet de trouver les ressources adéquates, de faire des choix pertinents.

André Comte-Sponville

Quand on cesse d’attendre tout du futur, alors on est capable d’agir au mieux, au présent.

Le Bouddhisme et l’ici et maintenant

L’instant présent : nous connaissons tous ce moment où nous avons la sensation d’être en harmonie avec le monde, notre esprit et notre cœur. Ce moment est bref et rare, nous ne lui accordons pas d’importance. Or le bouddhisme enseigne que c’est cet instant qui est le vrai et que nous avons à apprendre à accueillir. Par la méditation, bien-sûr, mais aussi par nos sens. Cela s’apprend, prendre l’habitude d’écouter à travers nos sens sans jugement de j’aime ou je n’aime pas. Écouter les oiseaux, le vent dans les feuilles, le bruit de pas, sentir, regarder sans porter de jugement, et nous sommes ramenés dans l’instant présent. Être dans l’instant présent, c’est accepter, ce qui est, ce qui est ressenti, et qui nous permet ensuite de savoir agir et prendre ses responsabilités.

Deux ennemis de l’instant présent

a) Le futur

futurAttendre est un état d’esprit. Vouloir l’avenir, mais pas le présent. Ne pas vouloir ce que l’on a et désirer ce que l’on n’a pas. « Quand j’aurai ceci ou que je serai libéré de cela, alors je serai bien ». « J’y arriverai un jour ». Adopter un tel scénario mental, peu importe les résolutions, le futur sera toujours meilleur et le présent ne sera jamais assez bien. Cela induit une insatisfaction permanente, en faisant perdre le présent.
Se sent-on en général dans l’attente ? A petite échelle c’est anticiper l’arrivée de quelqu’un, la fin d’une journée de travail. A grande échelle c’est attendre les vacances, le succès, un nouveau travail, le prestige, l’argent, que les enfants grandissent, et qu’une personne arrive dans la vie. Il n’est pas rare que des personnes passent leur vie à attendre pour commencer à vivre.
Rêver de projets pour le futur mais ne pas poser d’actions dans le présent pour les réaliser c’est s’éloigner du moment présent et ne pas vivre sa vie. Réfléchir à la direction que l’on donne à sa vie est indispensable pour ne pas être dans l’errance. Mais trop de questions éloigne de la vie et du quotidien.
Est-on stressé ? Si pressé d’arriver au futur ? Le stress provient du fait que l’on est « ici » et que l’on voudrait être « là ». Mener une action, c’est la faire totalement, en appréciant le mouvement et l’énergie de ce moment-là, et le stress disparait.
Être inquiet, avoir souvent des pensées anticipatoires ? Il n’y a aucun moyen de faire face à cette situation car elle est imaginaire et n’existe pas. Se recentrer sur le présent, inspirer et expirer en conscience, s’interroger sur le présent. Pour résoudre le futur, la force et les réponses seront là le moment venu.

b) Le passé

passéLe passé retient-il une grande partie de l’attention ? Est-il souvent évoqué ?

Les mécanismes mentaux engendrent de la culpabilité, de la rancœur, de l’orgueil, de l’apitoiement sur soi. Cela accélère ainsi le vieillissement du corps.

Laisser mourir le passé à chaque instant, il n’est plus nécessaire. N’y faire référence que lorsque c’est vraiment utile pour le présent.

Comment vivre l’instant présent ?

Ce qui permet de s’inscrire dans le présent est le sens que l’on donne à son existence. Trop de projets fait perdre la réalité présente, lorsque nous avons le nez dans le guidon nous ne regardons plus la route et finissons par perdre l’objectif visé. Lorsque nous mettons la barre haute sur nos actions, nous perdons beaucoup d’énergie à vouloir sans cesse faire ou obtenir mieux. Notre présent jamais satisfait est sacrifié au nom d’un idéal inaccessible.
Il est bon de s’entrainer à introduire la conscience du présent dans des situations où tout se passe bien, car cela permet d’intensifier la capacité à être présent. Reconnaitre une sensation, être témoin des émotions sans porter de jugement, permet aussitôt de s’apaiser. Si la paix n’est pas en soi, le reconnaître apporte une atmosphère de calme. Il s’agit alors de s’approprier cette sensation et le calme s’installe intérieurement.

Pour s’aider à suivre son état mental et émotionnel il est bon de se demander : suis-je à l’aise en ce moment, que se passe-t-il en moi en ce moment ? En dirigeant son attention à l’intérieur de soi, en s’interrogeant sur quel type de pensée son mental est en train de produire, quel est son ressenti ? Et mon corps : y a-t-il des tensions ? Cela permet d’essayer de voir comment l’on résiste à la vie.

Pour mieux vivre le présent, il peut être nécessaire de comprendre les scénarios répétitifs dans lesquels nous nous engouffrons. Les croyances, formées au fur et à mesure des expériences, rétrécissent les perspectives sans les remettre en question. Lorsque l’on prend conscience qu’on a le choix, que l’on ne veut plus agir par réflexe conditionné, il est possible de se débarrasser de ces croyances pour aller vers de nouveaux horizons.

Exemple : Nous sommes insatisfaits dans notre travail, nous éprouvons du ressentiment envers autrui ?
Le soir en étant dans notre cuisine, et en préparant le repas, notre esprit est envahi par mille réflexions sur ce qui a été pénible au travail, alors que nous étions en réunion.
Réalisons nous que l’énergie négative que nous produisons nous pollue et notre entourage en même temps ? Que produit notre pensée par rapport à la situation actuelle ? Qu’entrainent nos pensées sur notre corps ? Nos pensées sont justifiées ou non mais nous sommes en train de faire du moment présent un ennemi.

Dans un premier temps pour stopper notre mental :
Respirer, revenir à ce que nous faisons. Sentir le parfum des légumes que nous sommes en train d’éplucher, regarder les couleurs dans la cocotte, et réjouissons nous. Nous sommes sur le point de diner avec ceux que nous aimons. Rien d’autre à vivre en ce moment alors profitons-en. Revenir à nos sensations corporelles nous y aidera.

Puis dans un présentsecond temps, regarder la situation.
Si nous trouvons notre « ici et maintenant » intolérable, 3 solutions :

  • Se retirer de la situation,
  • L’accepter,
  • La changer.

Si nous voulons assumer la responsabilité de notre vie, nous devons choisir l’une des trois options et en assumer les conséquences, sans excuses, sans négativité, sans pollutions psychiques.
Pour changer une situation : tout d’abord, laisser tomber la négativité. Plutôt que de rester dans la négativité, il est bon d’analyser, comprendre ses besoins et d’agir. Souvent il vaut mieux passer à n’importe quelle action plutôt que de rester sans rien faire, et rester « piégé » dans une situation malheureuse. Si l’action entreprise est une erreur, elle permettra d’apprendre quelque chose, et alors ce n’en sera plus une.
Ensuite chasser la peur. La peur empêche d’agir. La reconnaitre, lui accorder notre attention, cela rompt le lien entre la peur et la pensée. Pour ne pas la laisser revenir se concentrer sur le présent. Si la peur revient, accepter ce qui se passe en laissant tomber toute résistance intérieure. Cela s’appelle le lâcher-prise qui n’est pas une faiblesse mais au contraire une grande force. En agissant ainsi, cela libère intérieurement de la situation, et elle apparaitra peut-être différente sans effort.

Ou nous agissons en faisant en sorte de modifier la situation (discussion avec un proche, évolution des conditions de travail), ou nous laissons tomber la négativité. La négativité n’apporte rien, elle emprisonne davantage, empêche tout changement réel, et augmente la souffrance. De plus tout état intérieur négatif est contagieux : par la loi de la résonance, il alimente et déclenche la négativité qui est chez les autres.

Exemple : Une personne vient d’apprendre sa séropositivité. A ses proches affolés il répétait : aujourd’hui, je ne suis pas malade. Regardez-moi : je suis porteur du VIH mais sans aucun symptôme. Celui-ci ne se déclarera peut-être jamais. Pourquoi me mortifier ? Au contraire j’ai besoin de prendre des forces ici et maintenant et ne pas laisser mon esprit s’envoler dans des projections noires. Rester dans le présent l’a aidé à rester ancré dans le présent jusqu’à ce que de nouveaux traitements soient découverts.

Essayons de nous surprendre en train de nous plaindre par des paroles ou des pensées, d’une situation dans laquelle nous nous trouvons, de ce que les autres font et disent de notre cadre de vie, de nos conditions de vie et du temps qu’il fait. Se lamenter, ce n’est pas accepter ce qui est. Lorsque nous nous plaignons nous adoptons une attitude de victime. Lorsque nous nous exprimons, nous reprenons notre pouvoir. Alors passons à l’action pour changer la situation si c’est nécessaire ou possible, ou acceptons la telle qu’elle est.

Accepter l’instant présent

Un moine bouddhiste disait ceci : Ce que j’ai appris en 20 ans de vie monacale, peut se résumer en une phrase : J’ai appris à n’offrir aucune résistance à ce qui est, à laisser le moment présent être tel qu’il est et à accepter la nature impermanente de toute chose et de toute circonstance. J’ai donc trouvé la paix.

Bibliographie

Le pouvoir du moment présent de Eckart Tolle
Le Réel et nous de Denise Desjardins
Pratique de la méditation à chaque instant de Tchich Nhât Hanh

 

Envoyer le lien vers cet article à un(e) ami(e)

Vous aimerez aussi...