La tendresse

La tendresse permet de créer une relation d’affection, qui peut aller de la relation d’amitié à la relation amoureuse. Il est à noter qu’elle n’implique pourtant pas nécessairement de désir sensuel, attendu qu’elle peut être l’élément clé d’une relation familiale.

Souvent la tendresse est associée à un contact physique. Mais la tendresse c’est également le langage du regard, du toucher, de l’odeur, et aussi les langages de l’intention : vouloir du bien-être, du mieux, du doux, pour soi et l’autre. C’est  toute la qualité d’un geste qui accompagnera une parole, un échange. C’est le fait d’oser se laisser aller, en ayant le sentiment que l’on va être reçu, et non repoussé ou rejeté. C’est également le silence dans l’écoute de l’autre, de ce qu’il vit, de ce qu’il éprouve.

tendresse_1La tendresse c’est aussi la sève d’une relation. C’est ce qui fait que deux êtres vivants s’approchent, se découvrent, se reconnaissent. C’est par la tendresse de l’autre que je peux grandir, être et me développer en sécurité.
Cela sous entend que chacun soit prêt à abandonner un certain nombre de peurs. La peur d’être déçu, la peur du refus, d’être dominé. La tendresse contient l’idée d’abondance, de générosité, et surtout d’abandon et de lâcher prise. En étant tendre et généreux avec moi -même, je peux proposer plus de tendresse.

La tendresse c’est une écoute, un sourire et parfois un rire qui surgit bien longtemps après le souvenir. La tendresse ne se demande pas, elle s’offre dans un même mouvement, un élan du cœur, une caresse de l’âme.

La tendresse c’est l’amour exempt de toute convoitise, de toute possession. C’est faire le choix de l’autre pour lui donner du bon.

Quand est venu le temps de la séparation, la tendresse, si elle n’est pas tuée par le ressentiment, la violence de la souffrance, permet de garder la trace du meilleur de l’autre et de nous-mêmes.

La tendresse se vit en dehors de toute contrainte, elle ne s’inscrit pas dans une relation de pouvoir, puisqu’elle est avant tout abandon et offrande.

La tendresse ne se parle pas beaucoup, elle se vit avec les multiples langages du corps. Elle s’exprime et se partage avec des regards, des attentions, des gestes, des actes, ou encore des silences.

La tendresse n’a pas d’âge, pas de sexe, pas de race, et elle est de toutes les couleurs.  Elle est discrète, même si elle est joyeuse, elle passe souvent inaperçue dans la fugacité d’un rien et se vit dans l’intime. La tendresse est gratuite, elle se vit dans le présent, elle n’est pas garante de l’avenir, elle se donne sans rien promettre. Tous les moments de la vie peuvent être source de tendresse, et c’est en remplissant les plus routiniers de tendresse que la vie se nourrit.

La tendresse est comme l’oxygène, elle est partout présente à l’état de soleil en chacun de nous Elle peut surgir au détour de chaque rencontre.

Nous faisons trop souvent de la tendresse une chasse gardée, un domaine réservé. C’est souvent dans le domaine de la tendresse que nous faisons de la rétention. Il y a ceux qui ne savent pas s’abandonner à l’imprévu et à la richesse des rencontres. Nous pouvons reconnaître la tendresse comme un de nos besoins fondamentaux, comme une de nos attentes vitales à l’égard d’autrui et à l’égard de la vie.

Nous sommes censés être dans une société d’abondance : abondance d’informations, de stimulations sensorielles, (images, sons, produits, objets), abondance  de toutes sortes. Mais nous pouvons souvent constater une grande pauvreté au niveau relationnel, une espèce de désert affectif, un grand manque pour des relations de qualité et de convivialité. La tendresse a besoin de vigilance pour lutter contre l’appauvrissement des gestes devenus des habitudes.

La tendresse concerne toute la personne : corps et esprit. Trois piliers soutiennent cette tendresse et la rendent possible :

  • La proximité du corps et de l’esprit.
  • Le souci de l’autre, matériel et moral.
  • Un accord sur les valeurs de base.

C’est sur ces trois points que peut fleurir la tendresse.

Beaucoup d’entre nous vivent dans un état de privation affective assez important.

La pire des privations est de ne pas savoir découvrir et utiliser le meilleur de nous-mêmes.

La pire des pauvretés n’est pas dans ce qui nous manque, mais dans l’ignorance de tout ce que nous avons.
La tendresse est la nourriture de base du couple, elle  crée le couple et entretient la vie du couple. La tendresse est la sauvegarde du couple, elle le protège dans les passes dangereuses, et répare la relation après les heurts. La tendresse est aussi la meilleure récompense du couple. La tendresse est le chemin quotidien de l’amour, elle est aussi l’aboutissement de l’amour.

 

tendresse_2Les obstacles à la tendresse

La peur du regard d’autrui.

Qu’est ce qu’ils vont penser de moi si je me laisse aller à exprimer des émotions, des sentiments, des élans ?

La crainte du regard qui risque de me juger, de m’enfermer dans un diagnostic. En effet, souvent l’abandon est assimilé à une faiblesse, et la tendresse associée au sentimentalisme. Nous ne voulons pas passer pour faibles.

Dans la tendresse amoureuse, il y a l ‘importance d’énoncer son besoin propre différencié de l’autre, de faire découvrir sa sensibilité, ses interrogations, ses peurs également, sans crainte du jugement ni de recevoir un étiquette.

La peur de l’érotisation de la relation.

Dans l’expression de la tendresse c’est le toucher qui reste très censuré et mal interprété. Tout se passe comme si notre code social réduisait la sensualité à la sexualité et la sexualité à la génitalité. Il est difficile pour un homme dans un échange de poser les mains ou juste le regard sur le corps de l’autre, sans que ce geste soit vécu comme une menace, une prise de possession, ou une intrusion.

La peur de la dépendance.

« Si je m’habitue, je vais en avoir besoin… trop besoin ; et je risque de souffrir…, si j’en suis privé ». La tendresse est alors associée à la vulnérabilité, elle même associée à la fragilité. Se laisser aller à demander, à reconnaître son besoin, c’est risquer d’être tributaire de l’autre, de perdre son autonomie, son contrôle de soi, et de la  relation.

La peur de l’intrusion.

Si je le laisse pénétrer dans mon intimité, jusqu’où ira-t-il ? Et ainsi se développe la non confiance en soi et en l’autre. La répression imaginaire passe souvent par un désir de toute puissance. Nous allons  parfois penser pour l’autre, ce qu’il va faire, dire ou penser. Une façon de contrôler une possible évolution dans la relation, de ne pas laisser surgir l’imprévu de l’échange, l’intention d’un partage la découverte d’un changement.

L’urgence peut être aussi un obstacle à la tendresse.

Si nous sommes trop pris dans un désir, il peut être difficile d’entrer dans la tendresse Nous allons surtout penser à capter l’autre, essayer de le retenir, de l’accaparer pour la satisfaction de nos propres besoins. Nous  tenterons de le mettre au service de nos propres demandes et risquons d’éloigner le partage.

 

tendresse_3Les ennemis de la tendresse

Le ressentiment

Le ressentiment est comme un acide qui va corroder une relation, qui va la dévitaliser, la tuer. Nous ruminons pendant des heures, des jours, une réponse cinglante, une demande évidente, une attente magique… que l’autre, la personne aimée devrait entendre sans qu’on lui demande. Le mythe de la réciprocité.

« Puisque j’ai fait cela pour toi, j’attends la même chose ». La réciprocité se vit de façon dissemblable en raison de l’histoire et de la sensibilité de chacun. Accepter que l’autre n’est pas moi, ne fait pas comme moi et ne sent pas comme moi est difficile, tout comme lorsqu’il s’agit de comprendre la différence de sentiments. Cela se complique encore plus avec la dualité  du donner et du recevoir. Il implique la notion de « devoir rendre » et la notion d’un dû. C’est un piège, car ce qui est dû ne peut être donné ni offert, on ne peut que s’en acquitter ou le prendre.

Le désordre relationnel

Le relationnel à base d’exigences, d’obligations, de faux contrats est surtout une façon de prendre ou de garder le pouvoir sur l’autre. Nous cherchons à définir pour l’autre la relation qu’il doit avoir pour satisfaire nos attentes. Nous pensons à sa place ce qui est bon pour lui et ce qu’il doit faire pour nous.

 

tendresse_4Les alliés de la tendresse

L’aptitude au recevoir

C’est par une meilleure écoute de nos besoins et de nos peurs que nous pouvons conforter nos possibilités d’accueillir. Nous avons tendance à transformer le recevoir en répondant par des plaintes ou des reproches  Ex : Je trouve que tu as de jolis yeux ce matin. Réponse : Ah c’est seulement maintenant que tu t’en aperçois !
Quand nous acceptons de recevoir, nous avons moins besoin de demander ou de prendre.

Le besoin de temps

Poser nos bagages et accepter de prendre le temps de se retrouver ou de se quitter. Ce sont des moments (séparations ou retrouvailles) qui colorent la qualité d’une journée et font la différence
Prendre le temps d’embrasser vraiment, combien de baisers partent dans le vide, il y en a un qui est déjà parti alors que l’autre est encore entrain de donner.
Est-ce que nous pouvons être présent pour l’autre ? C’est développer une capacité à être ni dans l’amertume, le regret, la nostalgie du passé, ni dans l’anticipation idéalisée du futur. Nous pouvons être plus dans le présent en acceptant de vivre plus au niveau de chacun de nos sens.

Le besoin d’espace

La tendresse est la possibilité de reconnaitre à l’autre un espace à lui, dans lequel nous ne ferons pas intrusion sans son invitation. Nous pouvons aussi créer  un espace d’intimité au milieu de vingt personnes, par un regard une attention, un geste.

Le respect

C’est tout d’abord, le respect que nous pouvons avoir vis à vis de nous-mêmes. Est ce que nous nous  regardons avec indifférence, mépris ou parfois avec émerveillement ?

La croissance mutuelle

Si nous souffrons du comportement de l’autre, si nous nous persécutons à cause des sentiments différents qu’il a, c’est à nous de faire quelque chose sur nous, et pour nous.

L’humour

Il y a de la tendresse dans la capacité à rire de soi. L’humour donne un autre visage à l’évènement.

L’écoute de la différence

L’autre est fondamentalement différent de moi, ce qui veut dire que ce qu’il ressent, éprouve provient d’autres références et vécus que les miens. Dans un échange proche, le témoignage des émotions, des sentiments ne devrait pas être discuté, disqualifié. La tendresse aura un pouvoir positif, celui de dire à  l’autre qu’il est reconnu dans ses émotions. Il est important dans la relation sexuelle, de respecter et accepter les sensibilités et rythmes différents, les désirs alternés, et surtout d’échanger par la parole sur ces vécus.

 

tendresse_5La tendresse et les enfants

Les demandes implicites adressées aux enfants sont incalculables, elles se logent dans l’imaginaire parental. La somme de ces attentes est telle que parfois le désir de l’enfant ne peut pas trouver sa place. Il est confondu avec celui de ses parents, et sa passivité grandit, ce qui augmente encore la pression de l’entourage. Cycle sans fin, sans cesse renouvelé, où la tendresse ne peut trouver ni sa place ni son expression.

Les loisirs et les jeux seront des moments forts pour la tendresse. Il est bon de veiller à préserver à chaque enfant un espace et un temps qui lui appartienne. Ce moment d’attention privilégiée lui sera offert et partagé avec aucun autre membre de la famille.

Une façon de mieux vivre la tendresse pour soi est de vivre le Présent. Si nous restons prisonniers de notre passé, fixés sur les manques, ou au contraire trop projetés dans le futur, nous risquons d’échapper à la vitalité du moment.

Chögyam Trumgpa, dans son livre « Shambhala, la voie sacrée du guerrier », a associé la tendresse au « courage » :
« Le véritable courage est le produit de la tendresse. Il survient lorsque nous laissons le monde effleurer notre cœur, notre cœur si beau et si nu. Nous sommes disposés à nous ouvrir, sans résistance ni timidité, et à faire face au monde. Nous sommes disposés à partager de cœur avec les autres. »

« La tendresse c’est mon regard émerveillé sur ce que tu me donnes, et c’est ton regard ébloui sur ce que je t’offre ».
« La tendresse ‘est une qualité de douceur et de confiance qui circule entre deux personnes qui se  reçoivent mutuellement ».
« La tendresse c’est un geste qui devient caresse avant même d’avoir été reçu ».
« La tendresse envers soi-même serait d’accepter de laisser venir tout regard, tout geste, toute parole, tout évènement comme une stimulation de la vie ».
« L’amour crée la tendresse qui survit à l’amour ».
« La tendresse, c’est de la bonté gratuite, imprévue ».
« La tendresse c’est une lumière et une chaleur qui persistent dans notre cœur même quand il pleut dehors ».

 

 

Bibliographie

Apprivoiser la tendresse de Jacques Salomé

Les chemins de la tendresse de Raoul Bécart-Bandelow

Le grand livre de la tendresse  sous la direction de Gérald Pagès

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