Le bonheur (4)

AMÉLIORER NOTRE VISION DU BONHEUR

Les sages de l’antiquité affirment que dès l’instant où nos besoins fondamentaux sont satisfaits, il faut savoir limiter nos désirs matériels pour accorder plus de place à notre famille, nos amis, nos passions et notre vie intérieure.
Lors d’enquêtes d’opinions, les gens à travers tous les continents plébiscitent la famille, la santé, le travail, l’amitié et la spiritualité comme piliers du bonheur.
Jacques Rousseau faisait remarquer au XVIIIe siècle que l’on s’habitue très vite au confort que permet le progrès technique. Ce qui était au départ de simples commodités devient rapidement des besoins et on est « malheureux de les perdre sans être heureux de les posséder ». Schopenhauer (dans son traité L’art d’être heureux) conseille de « considérer ce que nous possédons avec le regard que nous aurions si cela nous était arraché » (biens matériels, santé, position sociale, amour). Car c’est souvent après la perte que nous constatons la richesse de ce que nous avions.

Comment les parents peuvent orienter leurs enfants vers le bonheur :

  • Les aimer
  • Leur montrer la voie et leur donner quelques exemples de bonheur
  • Prendre le bonheur au sérieux, leur en parler et répondre à leurs questions
  • Avoir été aimé pendant son enfance finit par faire comprendre que l’on en est digne et que l’on peut accéder au bonheur. Les carences ou maladresses d’amour entrainent des inquiétudes par rapport au bonheur, on peut même penser qu’on n’y a pas droit.

Selon Montaigne, connaître et accepter sa nature propre pour apprendre à jouir au mieux de la vie. Compenser la brièveté de l’existence par la qualité et l’intensité de nos expériences et pouvoir affronter la mort sans regrets. Selon Spinoza chacun doit apprendre à se connaître pour découvrir ce qui le rend heureux ou malheureux, ce qui lui est approprié ou non, ce qui augmente sa joie et sa tristesse. Il qualifie de « bon » un mode d’existence raisonnable qui organise notre vie en fonction de ce qui nous fait grandir, convient à notre nature, nous rend plus heureux et joyeux, et de « mauvais » un mode d’existence qui nous fait nous unir à des personnes ou des choses qui contreviennent à notre nature, diminuent notre puissance et finissent par nous plonger dans la tristesse et le malheur.
Montaigne est convaincu que chaque individu doit pouvoir trouver lui-même la voie du bonheur qui lui convient, en fonction de ce qu’il est, de son caractère, de sa sensibilité, de sa constitution physique, de ses forces et faiblesses, de ses aspirations et de ses rêves.
Pour accroitre la joie et atténuer la tristesse deux conditions sont à réunir : apprendre à se connaître, à régler son jugement pour discerner ce qui est le mieux pour soi-même, sans pour autant faire de tort à autrui.

Il est essentiel d’apprendre à devenir nous-mêmes, au-delà des schémas culturels, et éducatifs. « Le bonheur le plus grand est la personnalité » écrit Goethe.

Développer sa sensibilité, affermir son caractère, affiner ses dons et ses goûts comptent plus que les objets extérieurs pouvant procurer du plaisir. Nous pouvons déguster le meilleur vin du monde, si nous n’avons pas développé nos affinités gustatives, il ne nous procurera aucun plaisir.

Le sage taoïste est un homme joyeux. Il vit ici et maintenant, sans ruminer le passé, ni se soucier du futur, dans la pleine acceptation et jouissance du moment présent.
Il ne suffit pas de s’atteler à éliminer les obstacles pour être heureux, encore faut-il s’attacher à galvaniser les forces de vie : nourrir la joie, l’amour, la compassion, la bonté, la tolérance, les pensées bienveillantes, l’estime de soi, etc….

Selon certains les plaisirs du corps sont les plus recherchés. Or il existe bien d’autres plaisirs que ceux du corps : l’amour, l’amitié, la connaissance, la contemplation, le fait de se montrer juste et compatissant, etc…
Aristote et Epicure prônent un juste équilibre des plaisirs : il s’agit de bien se nourrir et d’entretenir notre corps et notre esprit, selon l’adage « un esprit sain dans un corps sain ».
Schopenhauer affirmait que la santé est prépondérante dans notre bonheur : un mendiant sain est plus heureux qu’un roi malade.
Le contact avec la nature constitue une expérience sensorielle régénératrice. Lorsque l’on peut faire une promenade en forêt, se plonger dans la mer ou une rivière, faire une randonnée en montagne tout en étant attentif aux sensations, et au plaisir que procure ce petit exercice, on en ressort transformé, apaisé, ressourcé. Ce plaisir du corps se transmet à l’esprit, nos pensées sont plus nettes et réfléchies, notre âme est en paix.
Le lien étroit entre plaisir et bonheur a été montré par de nombreuses études scientifiques qui montrent que toutes les expériences qui nous procurent du plaisir telles que se promener, partager un bon repas entre amis, faire l’amour, prier, méditer, rire, pratiquer un art ou un sport, ont pour effet un rééquilibrage des sécrétions hormonales et des neurotransmetteurs du cerveau ce qui favorise la stabilité de notre humeur et de notre « bien-être subjectif ».

Nous choisissons de satisfaire tel plaisir ou de renoncer à tel autre, parce que nous donnons un sens à notre vie. Il en va de même dans nos relations affectives ; si nous décidons de fonder une famille et d’élever des enfants, nous organisons notre vie en fonction de cette décision et notre vie familiale donne un sens à notre existence. D’autres donnent du sens à leur vie en aidant leur prochain ou en combattant pour réduire des injustices, en aidant les défavorisés ou ceux qui souffrent. Le contenu du « sens » varie d’un individu à un autre, mais il est nécessaire de donner un but, une direction à notre vie et ainsi une signification.
Mais nous n’allons pas attendre d’avoir atteint tous nos buts pour être heureux. Le bonheur vient en cheminant.

COMMENT SE VIT LE BONHEUR

Le bonheurLe bonheur c’est la durée. Il suppose un épanouissement dans le cadre de la personne. L’important n’est pas tant de nommer de ce que l’on ressent mais de permettre le bonheur et de le construire.
Le bonheur se rapproche incontestablement du monde des émotions, il est ressenti de manière involontaire physique ou psychique, peut se passer de mots.

L’expérience du bonheur est une transcendance du bien-être, à la différence du plaisir, il déborde la personne, va au-delà de son contrôle, des limites physiques et psychologiques. Il nous tire vers le haut, il se suffit à lui-même, une fois qu’il est atteint, nous ne désirons plus rien d‘autre. C’est un état de plénitude, de finitude, on a l’impression d’être arrivé à ce que l’on voulait et l’on ne désire plus rien d’autre que la durée de l’instant.
En résumé : j’éprouve, je prends conscience, je ne désire plus rien d’autre, et en même temps, je sais que cela va s’arrêter. La conscience, c’est elle qui amplifie nos moments de bonheur, mais c’est elle aussi qui révèle sa fragilité. Réaliser la fragilité de cet enchainement peut nos inciter à savourer encore plus le bonheur puisqu’il va disparaître.

Plus nous sommes conscients de nos expériences positives, plus notre plaisir et notre bien-être augmentent. Les neurosciences ont pu établir un lien entre attention/concentration et bien-être, et rumination/vagabondage et mal-être. La méditation de pleine conscience permet d’apprendre à fixer et à calmer le mental. Et étant donné l’interaction entre corps et esprit, cet apaisement rejaillit sur l’organisme et les émotions. Une meilleure attention à ce que l’on fait dans le moment présent, à ses sensations, ses perceptions, améliore considérablement le bien-être. Ce qui n’empêche pas pour autant de se laisser aller parfois à la rêverie. Notre esprit a aussi besoin de se détendre par le silence intérieur, et la contemplation de la nature ou d’œuvres artistiques renforcent notre vie intérieure.

 

CONCLUSION

Paroles du Dalaï Lama (extraite de son livre « le livre de la joie ») :

Première leçon : Comme nous l’enseigne la physique quantique les choses ne sont jamais ce qu’elles paraissent. Aucun être vivant n’est une cellule solitaire. Nous faisons partie et nous dépendons les uns des autres. En intégrant cette idée, on mesure alors l’importance de l’altruisme pour être heureux, d’une part, et de la défense de l’environnement, d’autre part.

le bonheurDeuxième leçon : si vous attendez que le bonheur et la joie de vivre tombent du ciel, vous risquez d’attendre longtemps. En plus de le cultiver au quotidien, il faut œuvrer au renforcement de l’immunité mentale : un entrainement rigoureux de l’esprit dont le but est l’égalité d’humeur. En d’autres termes apprendre à ne pas céder à la peur, la tristesse, la colère.
Le mental fonctionne de la même façon que le système immunitaire physique. Si vous êtes en bonne santé, vous résistez aux agressions bactériennes et virales. Si vous ne l’êtes pas, vous tomberez souvent malade.
Chaque jour nous expérimentons diverses pensées et émotions. Certaines sont nocives, toxiques, et causent des douleurs mentales durables et parfois aliénantes. Il faut donc apprendre à développer une force d’âme. Pour ce faire, oubliez les recettes miracles des marchands de bien-être, qui vendent du bonheur rapide sans trop d’effort. Préparez-vous plutôt à un voyage de longue haleine, car le processus requiert du temps et de la patience.
A l’heure où notre société n’a jamais été aussi ivre de vitesse, d’intensité et de rentabilité, la méditation analytique est l’outil à privilégier. En occident cette pratique est galvaudée. Beaucoup s’imaginent à tort que cela se résume à fermer les yeux et à attendre que cela aille mieux. C’est au contraire la capacité à prendre du recul, à placer les choses dans leur contexte, de réguler l’intensité de nos émotions et de faire en sorte qu’elles ne nous contrôlent pas, surtout dans les périodes difficiles. Cela doit se pratiquer au quotidien. Cela consiste à tout analyser, en commençant par soi-même, puis son entourage, son environnement, quelques minutes par jour. Il faut comprendre nos ressentis pour mieux désamorcer l’anxiété.
C’est un exercice qui vous permettra de vous transformer, d’identifier les qualités humaines que vous devez développer davantage. En bref, le changement passe par l’analyse, et par le fait de se tourner vers autrui, car l’ère du « moi, moi, moi » ne vous mènera nulle part, sauf peut-être à davantage de solitude.

 

Citations

  • Le bonheur n’est pas le but mais le moyen de la vie : Paul Claudel
  • Vivons heureux en attendant la mort : Pierre Desproges
  • Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d’autre : Paul Eluard
  • Le bonheur est un idéal non pas de la raison mais de l’imagination : Kant
  • Le plaisir est le bonheur des fous. Le bonheur est le plaisir des sages : Barbey d’Aurevilly
  • Bonheur, je te reconnais au bruit que tu fais en partant : les poètes
  • Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu’incertitude. Nous recherchons le bonheur et ne trouvons que misère et mort : Blaise Pascal.
  • Et quand il croit serrer son bonheur, il le broie : Louis Aragon
  • Le bonheur nait du malheur, le malheur est caché au sein du bonheur : Lao Tseu
  • On n’a que le bonheur qu’on peut comprendre : Maurice Maeterlinck
  • Le bonheur de tous est fait du bonheur de chacun : Boris Vian
  • La grande affaire et la seule qu’on doit avoir c’est de vivre heureux : Voltaire
  • Celui qui dirige constamment les pensées vers le bonheur devient heureux : Jérémy Bentham
  • Le bonheur tient à l’action. C’est un flux continue et non pas un lac stagnant : John Mason Good

 

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