Notre corps a une mémoire (2)

B) Les conséquences de nos émotions sur nos vies

Il faut comprendre que les comportements mis en place, sur lesquels nous nous sommes construits et qui maintenant nous emprisonnent étaient au départ utiles et salutaires. Ainsi lorsque nous affrontons une épreuve, tout notre être, corps et esprit, est programmé pour trouver une solution et des protections immédiates qui préservent du danger.

Certaines proviennent des mémoires collectives qui sont devenues des réflexes : une lumière trop vive, nous fermons les yeux ; quand on s’étouffe, on recrache. D’autres nous ont été transmises par apprentissage : regarder à droite et à gauche avant de traverser, s’éloigner de ce qui brûle.

memoire du corpsEt d’autres encore n’appartiennent qu’à nous. Depuis le début de notre existence nous mettons en place des systèmes de défense qui nous permettent de faire face tant bien que mal et de pallier nos insuffisances.

Par exemple un garçon plus petit que les autres va commencer à donner de la voix, et deviendra un ténor du barreau, plus petit que les autres, mais écouté et respecté.

Il a été démontré par la psychanalyse que nous trouvons tous des « bénéfices secondaires » à nos maux, même les plus violents. Une fillette qui a des otites à répétition souffre, mais elle peut être câlinée seule par sa mère pendant que les frères et sœurs sont à l’école. Une jeune femme dont le conjoint l’a quittée brutalement peut se réfugier auprès de sa mère qui a vécu la même chose et qui la materne et la console mieux que quiconque.

notre corps a une memoireLes bénéfices secondaires sont les avantages concrets que nous tirons immédiatement du fait d’aller mal, tout ce qui nous retient d’aller mieux , tout ce que nos avons à gagner à ne pas réussir. Cela peut être le confort économique et financier au prix d’une relation conjugale infernale, le plaisir inconscient de donner du souci à ceux qui nous aiment recevant ainsi la preuve de leur amour. Nous sommes partagés entre le désir d’aller mieux, et la peur de perdre ce qui est bon en allant mal.

Comment sait-on que l’on va mal ? Lorsque nous percevons les symptômes (un phénomène subjectif qui révèle un trouble). Nous ne savons pas toujours où s’arrête le symptôme et où commence la maladie. De nombreux médecins donnent des médicaments qui font disparaître le symptôme sans s’attaquer à la cause. Lorsque nous avons mal aux dents, la solution est d’aller voir le dentiste. En prenant un antalgique nous éliminons la douleur, le symptôme, mais la cause reste à traiter avec le dentiste.
Pour les psychanalystes, le symptôme est une source inconsciente de souffrance mais également de plaisir (bénéfices secondaires). Le symptôme serait le paravent d’une vérité enfouie qui cherche à être dite.
Pour les biologistes, c’est une réponse à une situation stressante ou dangereuse. C’est un mécanisme d’adaptation du corps face à un stress conscient ou inconscient. Le corps intelligent trouve lui-même ses modes de défense contre l’environnement.

le corps a une memoireCes approches vont dans le même sens de la mémoire du corps. Les symptômes sont les traces d’une manière d’exister qui a fait ses preuves que l’on peut subir ou que l’on peut décider de transformer pour s’en libérer.

Si notre existence est joyeuse, curieuse, intéressante, elle est aussi blessante, douloureuse. Les épreuves laissent des traces, des blessures plus ou moins cicatrisées autour desquelles nous nous construisons, le plus souvent inconsciemment. Notre corps a mémorisé toutes ces blessures, qui sont des nœuds, des blocages contre lesquels se heurte notre énergie et l’empêche de circuler librement.

En surface nous nous adaptons, nous encaissons, et même nous enfouissons pour cesser de souffrir.

Et cela marche jusqu’au jour où ça coince ! Il arrive une épreuve, une rupture, une succession d’échecs qui bouleversent notre vie. Il nous est alors impossible de continuer sans remettre en question l’incidence du passé sur notre présent ou notre avenir. Le corps enregistre systématiquement tout ce qui blesse et le garde en mémoire, pour tenter de s’en protéger à la prochaine agression. Il porte en lui l’impact de toutes ces blessures et des crispations qu’elles ont provoquées. Mais il arrive que l’impact soit trop fort, la blessure trop profonde, une détresse mal consolée, et cela devient invivable, insupportable voire mortel.

la memoire du corpsDans toutes nos histoires, il y a dans notre corps une blessure plus profonde que les autres, autour de laquelle nous nous sommes construits et notre organisme a grandi. C’est la « blessure initiale » que nous n’avons pu transformer ou encaisser qui constitue un petit caillou qui devient boulet. Une fois la blessure initiale identifiée, il est possible alors de la transformer et d’apprendre au corps à réagir autrement. Cette blessure initiale se trouve souvent dans les neuf mois de la vie fœtale ou lors de la naissance et même également dans la période d’avant la conception, notre conception était-elle un projet de joie ou étions-nous un enfant non désiré ?

La mémoire de notre chair retient les moments où nous avons pris corps, mais aussi la mémoire de nos parents qui contient la mémoire des leurs, etc… Une recherche généalogique est souvent utile pour comprendre des nœuds de souffrance sur lesquels nous ne pouvons mettre des mots. Même si nos familles souhaitent parfois enjoliver la réalité, nos cellules ont tout gardé en mémoire génération après génération.
Chaque évènement important de notre vie, positif ou négatif, est enregistré par notre cerveau qui le met en mémoire et qui lui sert de donnée de base à laquelle il va se référer régulièrement. Chaque situation qui fait écho à l’un de ces évènements réveille la mémoire initiale et fait agir -ré-agir- notre corps. D’une certaine façon, on peut dire que ces évènements créent en nous des « réflexes »très puissants qui fondent notre conduite, nos sensations, la perception que nous avons de ce qui nous entoure et également de nos choix.
Un peu comme un ordinateur, notre corps semble fonctionner à partir de programmes enregistrés. Nos comportements, les épreuves de notre vie, sont la résultante du programme enregistré dans nos cellules..

notre corps a une memoirePour conclure :

Le corps est le lieu de tout, notamment de la mémoire émotionnelle qui est à la base de tous les troubles. Le corps ne ment pas.

Toute souffrance humaine est liée à un trouble de la conscience de soi dont la base est le corps et non pas l’intellect et la pensée. Le langage intellectuel vient barrer par la rationalisation la prise de conscience de ce qui est primordial : l’émotion.

La répétition : les souffrances humaines proviennent de la méconnaissance des réalités émotionnelles refoulées et donc sources de perturbations. L’émotion non intégrée envahit la conscience. La détresse et la maladie en découlent. La répétition des mêmes comportements de détresse, permettent à travers le travail sur le corps de découvrir la signification de l’émotion cachée.

L’émotion : ce sont toujours les émotions qui font souffrir. Elles sont chargées de sens : honte, peur, colère, culpabilité. Or la mémoire du corps est par essence émotionnelle.

 

 

Bibliographie

Marie-Lise Labonté : Au cœur de notre corps
Myriam Brousse : Notre corps a une mémoire

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