Notre corps a une mémoire

Corps et esprit sont indissociables. Il est impossible de nous retrouver, de retrouver notre réelle identité sans que notre corps suive. Qui nous sommes se trouve dans la forme de chair et d’énergie qu’est notre corps.

Dès notre naissance et même avant, nous avons déjà la possibilité de perdre notre corps et notre identité. Mais est ce que nous les perdons réellement ? Le potentiel de qui nous sommes est toujours là. Nous naissons comme une pâte qui peut être moulée, à qui on peut donner une forme. Nous sommes comme des éponges qui absorbent les sons, les voix, les émotions. En nous, tout petit, se trouve notre réel corps, notre réelle identité.
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Notre mémoire est inscrite dans notre chair. Pour aller mieux, il faut descendre dans le corps pour rencontrer de façon concrète l’empreinte de tout ce dont nous avons hérité, de tout ce qui se passe au moment de notre conception, de notre naissance et au cours de notre vie. Pour aller mieux, il s’agit de libérer le corps des empreintes douloureuses de cette mémoire. Mais cela n’est pas si simple, car nous avons mis en place des stratégies de survie, souvent très puissantes et très efficaces, pour pouvoir avancer sans affronter ce qui nous fait souffrir au plus profond de nous. C’est un peu comme les murs d’un appartement sur lequel on colle une couche de papier peint, que l’on recouvre ensuite d’une couche de peinture et éventuellement d’une autre couche de peinture. Pour retrouver le mur nu, il faut enlever les multiples couches. Mais cela représente un certain travail !

A) Les mémoires corporelles de nos émotions

La cuirasse physique

Elle comprend le tissu conjonctif, les artères, les veines, les organes internes et les muscles. Elle se bâtit par une retenue de la spontanéité du mouvement. Elle cache l’histoire de nos tensions, des mouvements spontanés que nous avons retenus, de nos compensations, de nos postures copiées sur celles de nos parents, ou prises pour nous défendre ou nous cacher. La cuirasse physique est à la fois musculaire et affective.

memoire_corps_2La cuirasse physique peut être créée par une action inhibitrice venue de l’extérieur. Par exemple : nous souhaitons courir pour exprimer notre joie et notre enthousiasme. Mais on nous dit « non ». Soit nous courons tout de même – mais cela sera-t-il aussi spontané ? – , soit nous acceptons le non et stoppons notre élan physique. A quel prix ? Notre cerveau a donné la commande, nos muscles se sont mis en action, mais nous arrêtons tout pour répondre à la demande extérieure. Notre muscle arrête son mouvement d’expression et crée une tension. Si cela se répète sur plusieurs fois, plusieurs jours ou mois, la tension devient une cuirasse, une défense à la vie qui voulait s’installer.

La cuirasse physique peut également être créée par une inhibition intérieure. La retenue peut être créée par nous-mêmes, quand nous disons non à la vie qui est en nous. Il est possible que nous ayons intégré le non et que ce non fasse partie d’un réflexe conditionné face à la joie. Ainsi chaque fois que nous revivons la même situation, cette inhibition nous retient inconsciemment. Le corps retient son expression. Ce non intérieur est très puissant car il est toujours présent. Il fait partie de notre expression affective. Ainsi la cuirasse physique est l’assise d’une cuirasse qui provient d’un niveau affectif exprimant émotions et formes pensées.

Nos muscles sont dit autonomes car ils peuvent agir sans l’expression de notre volonté. Mais ils peuvent toutefois être activés consciemment. Nous pouvons contracter un muscle et le relâcher. La seule chose qui nous empêche d’agir sur un muscle à volonté est la cuirasse musculaire qui fige le muscle dans une position chronique de contraction ou de relâchement. Le muscle a perdu sa fonction. Nos muscles ont une intelligence dite intelligence musculaire. Ils peuvent conserver pendant des années la mémoire d’expériences auxquelles ils ont été associés. Ils enregistrent dans leurs cellules, la vie, la mémoire, les émotions et les images.

La cuirasse affective

memoire_corps_3L’histoire de nos émotions et notre histoire personnelle qui est à la source de ces émotions se cachent dans la cuirasse affective. A la différence de la cuirasse physique qui est très concrète (j’ai mal), la cuirasse affective est très subtile. Elle défie les lois de la logique et du rationnel. La psychanalyse, ou psychothérapie aide à libérer les mots, mais derrière les mots se cache le monde du langage corporel.

Ce langage du corps est inconscient et donc inconnu de la personne qui utilise le langage verbal, mais le corps ne ment pas. Le corps et ses manifestations cachent le langage de notre inconscient. Ce que nous avons refoulé, ce que nos avons mis aux oubliettes, mais que notre corps sait, que notre inconscient connait, c’est la mémoire du corps. Nous pouvons dire oui avec la parole alors que notre corps affiche non.

La cuirasse affective n’est pas facile à déceler, à reconnaitre et à accueillir. Elle est reliée au mouvement de la vie, est l’expression affective de l’expérience de l’interdit qui a emprisonné le corps physique.

Son langage est l’expression de la vie émotionnelle inconsciente, enregistrée dans notre corps. Nous avons souvent tendance à juger et à nier ce langage.

Si nous reprenons l’exemple de l’envie de courir, nos jambes ont été arrêtées dans l’expression du mouvement spontané, une tension physique se crée dans les muscles des jambes, mais une tension émotionnelle et psychique s’installe également.
La joie et l’excitation qui n’ont pas pu être exprimées, se retrouvent inscrites dans la mémoire musculaire de cette région de notre corps. Cette mémoire émotionnelle musculaire fait partie de la mémoire affective.

Nous pouvons ensuite nommer des cuirasses qui se construisent tout au long de notre vie.

La cuirasse parentale

memoire_corps_4Elle fait partie du processus d’identification. Cette cuirasse peut avoir une longue vie selon le besoin d’identification de l’individu qui la porte. Si le besoin de s’identifier au parent est nécessaire à l’existence, elle vivra longtemps. La personne qui construit cette cuirasse porte en elle le corps de son père ou de sa mère, ou un mélange des deux. Cette cuirasse peut facilement se défaire, si l’individu reconnait sa propre identité et n’a plus besoin de celle de ses parents.

La cuirasse d’appartenance

Elle commence à se former à l’adolescence et peut continuer plus loin dans l’âge adulte.
Elle se construit par le besoin d’être lié à un phénomène social, parfois à travers la mode. Si elle est maintenue longtemps elle finit par s’incruster dans la posture, les muscles, et évolue en une cuirasse sociale ou cuirasse narcissique. Cette cuirasse se construit pendant une période de crise, d’évolution. Cette période est délicate, le corps peut laisser apparaître des symptômes psychosomatiques. Elle peut être destructrice ou salvatrice. Soit l’adolescent finit par retrouver le besoin de se retrouver et de revenir à ses valeurs et celles de sa famille, soit il continue à abandonner sa famille, ses valeurs et se rejette lui-même, et risque de se retrouver seul.
Le corps garde des traces, telles que corps anorexique, boulimique, déformé par les talons hauts, brisé par l’alcool ou les drogues, épuisé par la recherche de performance physique.

La cuirasse narcissique

memoire_corps_5La cuirasse se nourrit constamment de sa propre image. « Oh miroir, dis moi qui est le plus beau, la plus belle ? ». La personne qui porte cette cuirasse demande constamment qu’on la regarde, l’admire, la vénère. Elle guette sans cesse l’impact de son image sur les autres, elle n’a aucun sens de son identité. Le corps de cette personne est en perpétuelle évolution au nom du paraitre.
La personne peut aller jusqu’à bafouer son corps pour répondre aux exigences en se faisant faire des liftings, ou des opérations chirurgicales esthétiques. Cette cuirasse peut être dangereuse car elle peut aller jusqu’à la séparation d’avec soi et l’éclatement de la personnalité.
Le corps est souvent sans vie, sans spontanéité, même dans le rire. Il est vite fatigué, car il ne vit que de l’extérieur programmé dans la voix, le port de tête, le discours.

 

La cuirasse sociale

memoire_corps_6Le propriétaire de ce corps ne se distingue pas de la masse. Inconsciemment il est assuré d’être accepté. Cette cuirasse apparait vers l’âge de 30 ans. Elle correspond à la recherche d’identité sociale. La cuirasse sociale s’exprime par les postures sociales et les malaises physiques : dos courbés, ventre bedonnant, sciatique coincé, contraction du bas du dos, arthrose des doigts et des pieds.
La personne a l’illusion d’avoir atteint et donné un but à sa vie, elle trouve son identité en se laissant assimiler. Si la cuirasse se développe vers la quarantaine ou la cinquantaine elle dénote une insécurité profonde et une réelle perte d’identité.
La personne chargée de cette cuirasse manque de souplesse dans ses mouvements, a ses réflexes ralentis. Cela s’exprime par la peur du changement, du manque, d’être différent, de vieillir, de la vie qui entraine un vieillissement prématuré du système nerveux central, du cerveau.

 

La libération d’une cuirasse se produit lorsque l’énergie de vie contenue et retenue dans le corps se met à circuler.

 

B) Les conséquences de nos émotions sur nos vies

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Bibliographie

Marie-Lise Labonté : Au cœur de notre corps
Myriam Brousse : Notre corps a une mémoire

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