Vivre pleinement

Demandez-vous ce qui vous rend heureux

interview
de NELE JACOB

  • Conseilleriez-vous de chercher les expériences positives dans la vie de tous les jours ?

Oui et surtout dans les périodes difficiles, parce que c’est précisément dans ces moments là que l’on a tendance à renoncer ou éviter tout ce qui peut être source d’émotions positives. Par exemple, si je suis contrariée ou débordée j’ai tendance à m’allonger sur mon canapé au lieu d’aller faire du sport, alors que je sais pertinemment que cela me serait bénéfique. Et je n’ai pas non plus envie d’appeler des amis ou même de parler.
Pourtant avec un peu d’aide et de soutien, on peut modifier cet état d’esprit négatif, ce qui n’est pas évident car on trouve toujours dix mille raisons pour ne pas se mettre en mouvement. Et il est tellement plus facile de se perdre dans les réseaux sociaux que d’appeler quelqu’un pour prendre un café. Nous prenons de moins en moins le temps de créer un vrai contact avec les autres, alors que c’est précisément ce qui nous fait du bien.

  • Il ne s’agit donc pas vraiment de grands bouleversements

Non en effet, nous avons tendance à croire que nous devons modifier notre vie de fond en comble pour en améliorer la qualité. Or de nouvelles habitudes faciles à mettre en œuvre comme bouger plus et multiplier les rencontres, peuvent déjà amorcer une véritable transformation. Je conseille également de prévoir dans l’emploi du temps des espaces temps pour prendre soin de soi : aller se promener, boire un thé, lire un bon roman, peu importe pourvu que cela apporte de la détente. Si vous vous autorisez à vous laisser aller à ce dont vous avez réellement envie, vous ressentirez des émotions positives et cela vous offrira un meilleur aperçu de ce qui est vraiment important et bénéfique pour vous. Cela vous permettra ensuite de trouver plus aisément comment donner du contenu et du sens à votre existence, et dès lors d’être plus épanoui.


Extrait du livre
« ce que je voulais transmettre ».

A également écrit « j’avais 15 ans » publié aux éditions Alisio en 2018.

entretien
avec Elie Buzin

– un des rares adolescents rescapés d’Auschwitz. Devenu chirurgien orthopédique, est aujourd’hui l’un des derniers survivants de la Shoah.

  • Arrivé à Auschwitz, vous êtes séparé de vos parents et vous vous retrouvez dans des conditions qui dépassent ce que l’être humain peut imaginer et supporter. Qu’est ce qui vous a aidé à tenir ? Comment avez-vous résisté ?

Ce qui m’a fait tenir au début, durant les heures et les jours après mon arrivée à Auschwitz, c’est cette promesse de vivre que j’avais faite à ma mère. A la fin c’était l’idée de voir se terminer cette épreuve. Je m’armais intérieurement en me disant qu’il fallait résister le plus longtemps possible. Mais le processus de survie lui-même, celui qui m’a permis de résister entre temps, est inconscient. Il ne faut pas croire que l’on se dit : « je vais faire ceci, cela, comme ci, comme ça… », il y a un instinct de survie profondément ancré en l’homme qui lui donne le moyen de tenir le coup lorsqu’il se retrouve dans des conditions extrêmes.

Par ailleurs, nous étions parfaitement conscients que ceux qui ne pouvaient pas travailler devaient mourir tout de suite, et que ceux qui le pouvaient finiraient eux aussi par périr à la tâche. Nous avions compris que c’était le sort que les nazis nous réservaient : finir assassinés de façon systématique ou mourir au travail. Cela s’ancrait dans notre conscience, et l’on se disait : « je sais ce que l’on veut de moi, si je ne veux pas ou ne peux pas travailler, on veut que je meure. Mais je ne me laissais pas faire. Si je meurs ou je me suicide, j’aide mon ennemi à faire son boulot ». Voilà à quoi tenait notre résistance et notre survie : à ce sentiment que mourir revenait à aider notre ennemi à accomplir sa tâche. C’était un stimulant extrêmement fort pour nous. Nous avions cette force mentale d’opposition, cette volonté de ne pas être complices des nazis. L’idée de leur faciliter le travail, nous était trop insupportable et déclenchait dans notre corps et notre esprit des mécanismes de survie. Il faut reconnaître que l’organisme humain est capable de se mobilier et de déployer des capacités exceptionnelles dans des conditions effroyables.

Nous ne faisions pas pour autant de projets de survie à long terme. Nous tenions au jour le jour, parfois même de demi-journée en demi-journée. Si nous avions résisté une matinée, c’était déjà cela de gagné. Il fallait ensuite tenir l’après-midi, puis essayer de passer la nuit, pour se réveiller vivant le lendemain. Cette volonté de survie à n’importe quel prix était puissante. Avec le recul, je me rends compte qu’elle l’était d’autant plus que nous n’avions aucune idée du terme, du temps durant lequel nous allions devoir mobiliser cette résistance, car à Auschwitz, le temps ne voulait plus rien dire. On l’intégrait au fur et à mesure qu’il passait, en s’accrochant à l’idée que cela finirait bien un jour ou l’autre. Malgré tout, grâce aux nouvelles de l’extérieur qui nous parvenaient par bribes, nous avions le sentiment que la fin du calvaire était proche.

Ce n’était pas une certitude car nous n’étions surs de rien, mais plutôt un espoir. Tant que nous restions en vie, nous entretenions cet espoir et nous éprouvions un regret pour ceux qui mouraient. Nous nous disions « celui-là n’a pas eu la chance de tenir le coup, encore un peu pour en voir le bout ».

  • Appliqueriez vous cette leçon d’espoir face à la maladie qui es un autre genre d’hostilité ?

Oui. Non seulement l’espoir est une force sans égale, mais notre expérience, quelle qu’elle soit, qu’elle que soit sa valeur, de doit pas en tant que médecins nous dispenser du doute. On peut toujours se tromper. Et comme dans l’expérience des camps, le doute doit toujours subsister, car il est aussi un espoir.

L’éminent médecin qui réunit la famille d’un patient et annonce : « votre mère en a pour trois mois, faites ce qu’il faut mais sachez que dans trois mois elle ne sera plus là » prononce des paroles irresponsables. D’abord, on ne peut jamais être certain qu’à trois ou quatre mois une vie peut s’arrêter. Ensuite, il existe des éléments de résistance propre à chacun que le médecin, si compétent soit-il, n’est pas capable d’anticiper ou de comprendre. Toutes ces prédictions prétendument scientifiques, sont à proscrire, pour la bonne raison qu’elles se révèlent souvent fausses. Le médecin qui annonce à un patient qu’il n’a plus que trois mois à vivre pourrait parfaitement le croiser dix ans plus tard, bien vivant. A mon sens toute affirmation, même venant d’un praticien réputé doit être mise en doute.

Il faut toujours laisser sa place à ce doute positif, que l’on nomme l’espoir.


Extrait d’interview

La vie, la mort, la peur

François Cheng

La mort

vivre pleinement

C’est la mort qui transforme la vie. S’il n’y avait pas la mort, il n’y aurait plus chez nous, ni d’élan, ni de désir de faire quoi que ce soit. Cet entretien, on peut le faire aujourd’hui, ou plus tard, d’ailleurs, il n’y a pas d’aujourd’hui ou de demain, c’est la conscience de la mort qui transforme notre vie en élan, en besoin de création, en besoin d’amour, car sans la mort on peut aimer ou ne pas aimer c’est pareil. On ne peut pas imaginer un univers vivant sans la mort, donc la mort n’est pas quelque chose qui se situe en face de la vie. C’est une loi imposée par la vie elle-même. C’est à dire la vie qui a besoin de la mort pour opérer le renouveau, la transformation, et éventuellement la transfiguration.

C’est la conscience de la mort qui transforme chaque instant de notre vie en instant unique. Par exemple, en ce moment, tout à l’heure, on va se séparer. Sans la mort ce moment n’est pas unique. On peut se réunir demain ou un autre jour. Mais ce n’est pas le cas. Cette sensation d’unicité, de chaque instant c’est la conscience de la mort. Cette mort est une loi imposée par la vie. Sans la mort, la vie n’est pas la vraie vie. A un moment donné, on doit imaginer sa vie à partir de la mort au lieu d’imaginer la mort à partir de sa vie. Envisager sa vie à partir de la mort, lui parait un miracle, un miracle unique.

Comment dépasse-t-on la peur ?

vivre pleinement

Une fois que l’on est dans la vie on s’attache, on s’attache aux autres, et puis il y a la souffrance. Personne ne peut savoir si on meurt dans la souffrance ou pas. La peur est incontournable, inévitable. Chacun doit avoir un moyen d’apprivoiser la peur, c’est notre tragédie, notre grandeur. Notre vie est parsemée de peurs que nous dépassons.

Nous sommes l’honneur de l’univers. Lorsque l’on parle de la splendeur du soleil couchant, ce soleil couchant sans notre regard, est vain. C’est notre regard qui donne le sens à cette splendeur de l’univers, c’est notre amour qui donne le sens à la splendeur de l’univers.

La mort est la part la plus intime de chacun, au lieu d’en avoir peur, il faut la chérir.

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