L’amour médecin

Les médecins ont raison de harceler leurs patients tant sur les méfaits du cholestérol et du tabac que sur les bienfaits de l’exercice. Ils ont raison de vous demander la date de vos derniers examens de dépistage.
Mais il y a une question qu’ils ne posent jamais : « Avez-vous dans votre vie quelqu’un qui vous aime et vous le montre ? »

Dans une étude* les hommes souffrant de maladie cardiaque et ayant répondu positivement à la question : « votre femme vous montre-elle son amour ? » présentaient deux fois moins de symptômes que les autres. Et plus ces hommes accumulaient les facteurs de risque (cholestérol, hypertension, stress), plus l’amour de leur femme semblait exercer un effet protecteur.

Phénomène inverse : 8500 hommes en bonne santé ont été suivis pendant 5 ans.
Ceux qui, au début de l’enquête, se sont reconnus dans la phrase « ma femme ne m’aime pas », ont développé trois fois plus d’ulcères que les autres. Dans cette étude il valait mieux être fumeur, hypertendu, ou stressé que ne pas être aimé par son épouse.
l'amour médecinChez les femmes, le bénéfice du soutien émotionnel est tout aussi important. Sur 1000 à qui l’on venait de diagnostiquer un cancer du sein**, on a recensé deux fois plus de décès au bout de 5 ans parmi celles qui ont assuré recevoir peu d’affection dans leur vie.

Comment l’expliquer ?

L’amour agit par l’intermédiaire de notre cerveau le plus profond, le cerveau limbique que nous partageons avec tous les mammifères. C’est lui qui contrôle à la fois nos émotions et notre physiologie : hormones, rythme cardiaque, système de défense immunitaire, acidité de l’estomac, etc.
Ce cerveau « émotionnel » réagit constamment à notre situation affective et essaye de compenser nos carences.
Ainsi, lorsque nous sommes en déficit affectif, c’est lui qui prépare notre organisme au stress : hormones libérées dans le sang, cœur sur le qui-vive, tension artérielle plus élevée,… autant d’ajustements qui affaiblissent nos fonctions vitales et finissent par favoriser le développement de maladies chroniques.

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Au contraire lorsque notre cerveau émotionnel reçoit le signal que nous sommes aimés et protégés, il harmonique au mieux notre système physiologique … pour nous préparer à la reproduction.

Que l’on ne s’y méprenne pas : notre santé ne dépend pas uniquement de l’amour de notre partenaire, mais de la qualité de toutes nos relations affectives. Avec nos enfants, nos parents, nos frères et sœurs, nos amis.
Car ce qui importe c’est le sentiment de pouvoir être soi, complètement avec quelqu’un d’autre. De pouvoir se montrer faible et vulnérable, autant que fort et radieux. De pouvoir rire mais aussi pleurer. De se sentir compris dans ses émotions. De se savoir utile et important pour quelqu’un. Et d’avoir un minimum de contact physique chaleureux.
D’être aimé, tout simplement.

 

 

Chronique de David Servan-Schreiber

 

* J.H. Medalie and U. Goldbourt in American journal of Medecine, 1976, vol. 60.
** P. Reynolds, P.T. boyd et col.,in Cancer Epidemiology, Biomarkers ans Prevention, 1994, vol. 3

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